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Recouvrement judiciaire : injonction de payer en France et en Europe

Une entreprise doit réagir rapidement pour obtenir le paiement de ses impayés. En cas d’échec du recouvrement amiable (relance par téléphone, mise en demeure), elle peut déposer une injonction de payer devant le tribunal (de commerce ou judiciaire). Lorsque le débiteur est domicilié dans un autre État de l’Union européenne (UE), (à l’exception du Danemark), la procédure d’injonction de payer européenne peut être utilisée.

2- Réagir aux premières difficultés

    La procédure d’injonction de payer peut être utilisée par le créancier pour forcer un débiteur à procéder au paiement de sa ou ses dettes.

    Elle peut être engagée, quel que soit le montant de la créance, dans l’un des cas suivants :

    • La créance est issue d’un contrat. Le montant de la dette doit être inscrite sur le contrat. Il s’agit par exemple d’un achat auprès d’un commerçant, d’un emprunt, d’une facture impayée, d’un découvert bancaire, d’une reconnaissance de dette, d’un loyer impayé, d’une caution.

    • La créance est issue d’une obligation à caractère statutaire. Il s’agit par exemple des créances dues aux organismes sociaux, aux ordres professionnels, ou encore des cotisations Urssaf.

    • La créance est issue d’un acte de commerce. Cela peut être une lettre de change, un billet à ordre, une cession de créance professionnelle .

    Les chèques sans provision ne sont pas concernés par l’injonction de payer. En effet, il existe des procédures spécifiques de recouvrement.

    La créance ne doit pas être . Elle doit être certaine, liquide et exigible , c’est-à-dire qu’elle ne peut pas raisonnablement être contestée par le débiteur. Elle doit être arrivée à échéance et son montant doit être déterminé.

    À savoir

    Face à un impayé ou à un retard de paiement, une entreprise peut recourir à d’autres procédures sans passer par le tribunal de commerce (ou tribunal des activités économiques). Il s’agit des procédures suivantes :

    • La procédure simplifiée de recouvrement pour les petites créances de moins de 5 000 €

    • Depuis le 25 avril 2026, une nouvelle procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales a été mise en place. Elle s’applique à toutes les créances entre commerçants qui ne sont pas contestées ou remises en cause par le débiteur, sans limitation de montant. Cette procédure sera opérationnelle à compter de la parution d’un décret.

    Référence : Code de procédure civile : article 1405

     https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006412552 

    Pour obtenir une ordonnance d’injonction de payer, le créancier doit déposer une requête en injonction de payer auprès du tribunal du lieu de domiciliation du débiteur :

    • Le tribunal de commerce (ou des activités économiques) est compétent dans les situations suivantes :

      • Lorsque le créancier et le débiteur sont tous les deux commerçants. Par exemple, le débiteur n’a pas payé une facture suite à une vente de marchandises.

      • Dans un bail commercial, lorsque le bailleur adresse une demande en paiement à son locataire.

      • Lorsque la créance résulte d’un acte de commerce (lettre de change, bordereau Dailly)

    • Le tribunal judiciaire est compétent dans les autres cas : lorsque le débiteur est un particulier ou exerce une profession libérale par exemple.

    La procédure pour déposer une requête en injonction de payer est différente selon le tribunal compétent :

    La demande d’injonction de payer peut être effectuée soit en remplissant un formulaire papier, soit en utilisant un service en ligne.

    Le créancier doit utiliser le formulaire Cerfa n° 12946

    Il faut joindre à la demande les documents qui justifient l’existence de la créance. Il s’agit par exemple des documents suivants :

    • Bon de commande et/ou contrat

    • Copie de la facture impayée

    • Lettre de mise en demeure de payer

    • Lettre de change

    Le créancier doit envoyer ou déposer sa demande (requête) au greffe du tribunal de commerce du lieu du siège social du débiteur :

    À noter

    En Alsace-Moselle, c’est la  chambre commerciale du tribunal judiciaire  qui est compétente.

    Devant le tribunal de commerce, le créancier doit payer des frais de greffe d’un montant de 33,47 € .

    Le Tribunal digital permet de saisir les tribunaux de commerce de façon dématérialisée. Il peut être utilisé pour transmettre une demande (requête) en injonction de payer.

    Il faut joindre les documents qui justifient l’existence de la créance. Il s’agit par exemple de l’un des documents suivants :

    • Bon de commande et/ou contrat

    • Copie de facture impayée

    • Lettre de mise en demeure de payer

    • Lettre de change acceptée et revenue impayée

      Le créancier doit utiliser le formulaire Cerfa n° 12948 :

      Il faut joindre à la demande (ou requête) en injonction de payer les documents justificatifs.

      Il s’agit par exemple des documents suivants :

      • Bon de commande et/ou contrat

      • Copie de facture impayée

      • Lettre de mise en demeure de payer

      • Lettre de change acceptée et revenue impayée

      La demande en injonction de payer doit être envoyée ou déposée au greffe du tribunal judiciaire du lieu du siège social ou du domicile du débiteur.

      À savoir

      Il n’y a pas de frais de greffe devant le tribunal judiciaire.

      À noter

      Le recours à un avocat n’est pas obligatoire. Cependant, le créancier peut décider de charger un avocat, un commissaire de justice (ancien huissier de justice) ou un mandataire de déposer la la requête.

      Référence : Code de procédure civile : article 1406

       https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000039624723 

      Il n’y a pas d’audience devant le tribunal et la procédure n’est pas contradictoire, c’est-à-dire que le juge prend une décision en fonction des seuls éléments produits par le créancier, sans entendre les arguments du débiteur.

      Le juge du tribunal compétent examine les documents produits pour apprécier si la requête en injonction de payer lui paraît fondée (en tout ou partie), ou s’il doit la rejeter.

      Lorsqu’il accepte la demande, il rend une ordonnance d’injonction de payer .

      Le juge peut aussi :

      • Estimer que la requête est partiellement fondée. Le juge prononce alors une injonction de payer pour une partie seulement de la somme demandée. Par exemple, un créancier a demandé une injonction de payer à hauteur de 7 000 € mais rend une ordonnance à hauteur de 4 000 € . Le créancier peut alors :

        • soit renoncer à la procédure d’injonction de payer. Il peut décider d’engager une procédure judiciaire classique.

        • soit poursuivre l’exécution de l’ordonnance mais sans pouvoir alors engager une autre procédure pour recouvrer les 3 000 € restants

      • Rejeter la demande. Le créancier ne dispose d’aucun recours. Il ne peut pas faire appel, mais il peut engager une procédure judiciaire d’assignation en paiement.

      Référence : Code de procédure civile : article 1409

       https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006412560 

      Une fois que le créancier a obtenu une ordonnance d’injonction de payer, il la remet à un commissaire de justice. Celui-ci délivre ensuite un acte de signification au débiteur. Cette signification peut être effectuée par voie électronique si le débiteur a donné son accord.

      La signification de l’ordonnance d’injonction de payer entraîne des frais de commissaire de justice payés par le créancier.

      Attention

      Depuis le 1er septembre 2026, le créancier dispose d’un délai de 3 mois pour faire signifier l’ordonnance d’injonction de payer au débiteur. Ce délai court à compter de la date de l’ordonnance. Auparavant, ce délai était de 6 mois.

      Si l’ordonnance n’est pas signifiée dans le délai, elle devient caduque (c’est-à-dire non valable).

      Le débiteur a la possibilité de faire opposition à l’ordonnance d’injonction de payer dans le délai d’un mois à partir de sa signification.

      Attention

      Depuis le 1er septembre 2026, le créancier n’a plus à demander au greffe du tribunal si une opposition a été formée. C’est le greffe qui va directement l’informer en lui transmettant un avis d’opposition du débiteur ou une demande de consignation des frais de procédure.

      Lorsque le créancier n’a pas reçu d’avis d’opposition dans les 2 mois de la signification de l’ordonnance d’injonction de payer, il peut poursuivre l’exécution forcée.

      Connaître les mentions de l’acte de signification

      L’acte de signification comprend les informations suivantes :

      • Sommation de payer le montant de la somme indiquée par l’ordonnance, les intérêts et frais de greffe

      • Possibilité pour le débiteur de contester l’ordonnance dans le délai d’un mois à partir de la signification de l’ordonnance. Le débiteur est averti qu’à défaut d’opposition, il ne pourra plus exercer aucun recours.

      • Avertissement au débiteur qu’il peut prendre connaissance des justificatifs fournis par le créancier au greffe. Les justificatifs fournis par le créancier sont également accessibles via la plateforme Mespièces.fr. Si ces documents ne peuvent pas être mis à disposition sur la plateforme, ils doivent être joints à la requête lors de sa signification.

    • Mespieces.fr
    • Référence : Code de procédure civile : article 1411

       https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000053497783 

      Référence : Code de procédure civile : article 1422

       https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000053497793 

      Le débiteur peut contester l’injonction de payer. Pour cela, il doit faire opposition (en remplissant un formulaire spécifique) dans un délai de 1 mois à compter de la signification de l’ordonnance.

      S’il fait opposition, il n’a pas à exécuter l’ordonnance, c’est-à-dire à payer la somme réclamée : on dit que l’opposition est suspensive .

      L’opposition doit être effectuée devant le tribunal qui a rendu l’ordonnance d’injonction de payer : soit le tribunal de commerce, soit le tribunal judiciaire.

      Pour faire opposition, il faut remplir le formulaire de déclaration d’opposition suivant :

      À noter

      L’opposition à l’ordonnance peut être rédigée sur papier libre.

      Il faut joindre tous les documents utiles (copie de l’ordonnance d’injonction, copie de l’acte du commissaire de justice , acte de signification de l’ordonnance).

      Le formulaire d’opposition à injonction de payer peut ensuite être transmis de l’une des façons suivantes :

      • Soit adressé au greffe du tribunal de commerce ou des activités économiques par courrier recommandé avec accusé de réception ou déposé contre récépissé :

      • Soit transmis via le Tribunal digital. Celui-ci permet d’agir en justice devant le tribunal de commerce de façon totalement dématérialisée :

      Lorsque le débiteur fait opposition à l’ordonnance, le créancier doit avancer les frais de la procédure. Il reçoit donc une invitation à consigner les frais d’opposition. A cette occasion, il est informé de l’opposition formée par le débiteur.

      Pour formuler l’opposition, le débiteur doit remplir un formulaire Cerfa n° 15602 « opposition à injonction de payer » :

      Le débiteur doit joindre tous les justificatifs utiles (copie de l’ordonnance d’injonction, copie de l’acte du commissaire de justice, acte de signification de l’ordonnance, etc.)

      Le formulaire est transmis au greffe du tribunal judiciaire qui a rendu l’ordonnance d’injonction de payer de l’une des façons suivantes :

      • Soit par courrier recommandé avec accusé de réception

      • Soit déposé au greffe.

      Le débiteur peut faire opposition à l’ordonnance sur papier libre.

      À savoir

      Depuis le 1er septembre 2026, le greffe du tribunal judiciaire informe le créancier de l’opposition du débiteur dans un délai d’1 mois à compter de sa réception. Cette information peut être faite par lettre recommandée avec AR ou par voie électronique. Auparavant, le créancier devait réclamer un certificat de non-opposition au greffe pour valider l’absence d’opposition à l’ordonnance.

      Lorsque le débiteur a fait opposition à l’ordonnance d’injonction de payer, le greffier convoque le créancier et le débiteur à l’audience du tribunal.

      La procédure devient contradictoire : le juge entend donc les arguments de chacune des parties, du débiteur et du créancier. Il examine les pièces qui lui sont remises et pose les questions qu’il estime utiles.

      Le créancier doit être présent à l’audience ou être représenté par un avocat. La présence de l’avocat n’est pas obligatoire sauf lorsque le litige porte sur une somme supérieure à 10 000 € .

      Le tribunal rend ensuite un jugement qui remplace l’ordonnance d’injonction de payer.

      À savoir

      Si aucune des parties ne se présente à l’audience, l’instance est éteinte et l’ordonnance d’injonction de payer devient caduque.

      Référence : Code de procédure civile : article 1415

       https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000044200304 

      Référence : Code de procédure civile : article 1416

       https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006412571 

      Référence : Code de procédure civile : article 1422

       https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000053497793 

      Il est possible de recourir à l’injonction de payer européenne (IPE) pour recouvrer une créance lorsque le litige est transfrontalier : le siège social ou le domicile professionnel des parties est établi dans un État de l’Union européenne (UE) (à l’exception du Danemark).

      La créance dont le paiement est réclamé doit remplir toutes les conditions suivantes :

      • Créance portant sur une somme d’argent et issue d’un contrat (par exemple : contrat de vente de marchandises)

      • Créance en matière civile et commerciale. L’injonction de payer européenne ne peut donc pas être utilisée en matière fiscale, douanière ou administrative.

      • Créance certaine, liquide et exigible , c’est-à-dire qu’elle ne peut pas raisonnablement être contestée par le débiteur. Elle doit être arrivée à échéance et son montant doit être déterminé.

      • Créance qui n’est pas  prescrite .

      À savoir

      L’injonction de payer européenne peut être utilisée quel que soit le montant de la créance.

      Le créancier doit présenter sa demande d’injonction de payer européenne au moyen du formulaire A :

    • Injonction de payer européenne
    • Il faut préciser le montant de la créance, les éventuels intérêts et frais ainsi que les pénalités contractuelles. Tous les justificatifs doivent être joints au formulaire (bon de commande, facture, courriers échangés entre les parties…).

      Ce formulaire A doit être envoyé à la juridiction ou à l’autorité compétente. Il s’agit en principe de celle du lieu du siège social du débiteur. D’autres critères de compétence peuvent être applicables, par exemple le lieu de situation du local commercial concerné par la créance.

      L’atlas judiciaire européen propose un outil de recherche permettant de trouver la juridiction compétente par État. Il indique également dans quelle langue établir la demande (langue officielle de l’État membre d’exécution, sauf s’il accepte une autre langue officielle de l’Union européenne).

    • Atlas judiciaire européen
    • Pour en savoir plus sur la procédure d’injonction de payer européenne, vous pouvez consulter la page du greffe du tribunal de commerce de Paris :

    •  Injonction de payer européenne 
      Source : Greffe du tribunal des activités économiques de Paris

      L’injonction de payer européenne se déroule exclusivement à l’écrit. Il n’y a pas d’audience. La représentation par un avocat n’est pas obligatoire.

      À réception de la demande, la juridiction ou l’autorité compétente vérifie si les conditions sont remplies. Elle peut alors soit accepter, soit refuser la dmande, soit demander des compélements :

      Si le formulaire A est correctement rempli et que la demande est considérée comme fondée, la juridiction délivre l’injonction de payer européenne au moyen du formulaire E.

      L’injonction est délivrée dans les meilleurs délais. En principe, il s’agit d’un délai de 30 jours à compter de l’instruction de la demande.

      L’injonction de payer européenne est signifiée ou notifiée au débiteur selon les règles du droit national.

      Si le débiteur ne fait pas opposition dans les délais, elle devient exécutoire.

      À réception de l’injonction européenne de payer, le défendeur peut soit payer au demandeur le montant de la créance (y compris les intérêts et autres frais), soit s’y opposer dans un délai de 30 jours via le formulaire F.

        La juridiction peut rejeter la demande lorsque la créance est prescrite ou non exigible (c’est-à-dire que le paiement immédiat ne peut pas être demandé).

        Le créancier est informé des motifs du rejet et reçoit un formulaire D.

        Il n’y a pas de recours possible. Le créancier peut cependant introduire une nouvelle demande d’ordonnance d’injonction de payer européenne.

          Si les informations fournies sont insuffisantes ou rédigées en langue étrangère, la juridiction renvoie le formulaire B.

          La demande doit être complétée dans un délai déterminé par le tribunal. En cas de dépassement du délai, la demande sera rejetée.

            Le débiteur qui a reçu une injonction de payer européenne peut soit payer, soit former opposition. Pour cela, il doit utiliser le formulaire type (formulaire F) qui lui est transmis avec l’injonction de payer.

            Le débiteur a 30 jours à compter de la notification ou la signification de l’injonction de payer européenne pour former opposition.

            Il peut également former opposition par lettre ou par tout autre moyen accepté par l’État membre d’origine (par la voie électronique par exemple).

            L’opposition est examinée par la juridiction qui a rendu l’injonction de payer européenne.

            À savoir

            Le jour de la signification ou de la notification ne compte pas dans le calcul du délai. Si la fin du délai tombe un jour férié, un samedi ou un dimanche, le délai prend fin à l’expiration de la dernière heure du jour ouvrable suivant.

            S’il n’y a pas d’opposition formée dans le délai de 30 jours à compter de la notification ou la signification de l’injonction de payer européenne, celle-ci est déclarée exécutoire.

            Pour cela, la juridiction envoie le formulaire G au créancier.

            L’ordonnance d’injonction de payer européenne peut alors être exécutée directement dans tout pays de l’Union européenne.