Thérèse Neveu, l’âme de la tradition santonnière

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L’histoire des santons en Provence

Les santons, nés à Naples, arrivent en Provence vers la fin du 16e siècle, d’abord en nombre restreint. Leur essor est intimement lié à la Révolution Française : privés de crèches publiques, les foyers se réapproprient cette tradition, devenant très populaire dès la fin du 18e siècle. Le marseillais Jean-Louis Lagnel innove en façonnant les premiers santons d’argile moulés, baptisés « santoun » signifiant « petit saint ». Ces santons à prix réduit produits en grande quantité remportent un tel succès qu’une foire est créée à Marseille dès 1803. Au 19e siècle, les ateliers familiaux se multiplient, chacun développant son propre style, tout en restant fidèles à l’identité provençale. Et sous l’influence du poète Frédéric Mistral, qui fonde le Félibrige,la crèche se développe en parallèle avec la Pastorale, contribuant ainsi au rayonnement de la culture provençale.

Thérèse Neveu, une vie façonnée par l’argile

Née à Aubagne le 4 février 1866au n° 1 de larue des Hôtes, aujourd’hui rue de la Fraternité, Thérèse Neveu fut et reste la mère du santon moderne. Avec son époux Louis Neveu, nommé sacristain, ils emménagent à la Tour de Clastre, près du presbytère. Si Thérèse Neveu se lance dans la création de santons, c’est pour réaliser une crèche à son goût. Entre 1890 et 1914, son atelier de la cour de Clastre, jouxtant la maison connaît un essor remarquable, atteignant même près de 15 000 exemplaires en 1925. Devenu l’un des plus importants d’Aubagne, il vaudra à Thérèse son surnom de “Dame de Clastre”. Proche de Frédéric Mistral, elle lui offre des pièces d’exception qu’il dépose au Museon Arlaten d’Arles et que l’on peut toujours admirer. Pour la remercier, il lui écrira une lettre intitulée « Ma Bello Santouniero », témoignant de son admiration sans bornes pour son remarquable talent. Thérèse meurt le 10 juillet 1946 à l’âge de 80 ans, laissant en héritage l’excellence d’un savoir-faire inscrit désormais au cœur de l’identité provençale.

La pionnière de l’art santonnier

Thérèse Neveu révolutionne l’art santonnier, au travers de trois innovations décisives : la cuisson des santons, d’abord. Jusque-là séchés au soleil, les santons sont fragiles. Grâce à son frère Louis Sicard, céramiste, Thérèse inaugure la cuisson des figurines d’argile dans un four à bois. Cette méthode, inédite à l’époque, leur confère une solidité incomparable, les rendant aptes à leur conservation et à leur commercialisation. Elle est aussi la première à « santonnifier » les Aubagnais de son époque, à l’image de Margarido, venant de Marseille rendre visite à son cousin le curé Blanc d’Aubagne ou de Virginie de Garlaban, ainsi que les personnages des pastorales, comme Pistachié joué par Victor Raynaud. Thérèse Neveu étant sensible au mouvement du Felibrige voué à la défense et à la promotion des langues régionales, elle ajoute des personnages du Félibrige et de la littérature provençale, tels Frédéric Mistral en chasseur ou Charles Riéu dit Charloun, poète berger du Paradou. Enfin, première femme à devenir santonnière, elle invente ce métier, et la beauté de ses santons est aujourd’hui partout reconnue, en France comme à l’international.

2026 : l’hommage à une femme d’exception

Pour célébrer le 160e anniversaire de sa naissance et le 80e de sa disparition, la Ville prévoit des événements tout au long de l’année : l’exposition « Trésors de la crèche Neveu » à l’affiche jusqu’au 27 février à l’Hôtel de Ville, de même que la crèche de l’Église Saint Sauveur, ouverte chaque matin jusqu’au 2 février, dévoilent toute la poésie des santons de Thérèse Neveu. Le 4 février et le 10 juillet seront bien sûr des journées spéciales, réservant leur lot de surprises. Son arrière-petite-fille, Sylvie Neveu-Prigent nous en dit un peu plus sur la première date : « Le matin, nous monterons à Garlaban pour faire connaître le portrait de la santonnière, dessiné par Édie Tempier et gravé sur une roche, avec l’aide de Louis Douard, pour l’association « les Santons de Thérèse Neveu ». Puis des scènes de la Pastorale s’inviteront dans l’exposition, faisant dialoguer le théâtre et les santons. Le 11 novembre, la Médiathèque Marcel Pagnol offrira une lecture théâtralisée du journal intime de Madeleine Neveu.

Une reconnaissance méritée pour cette femme visionnaire, dont le génie créatif et l’authenticité des œuvres continuent d’éclairer et de faire vivre la renommée de la santonnerie d’Aubagne.