Situé à l’ouest d’Aubagne le long de la route nationale 8, le quartier était jadis composé de grandes prairies, vignes et labours appartenant aux vastes propriétés foncières de la vallée de l’Huveaune (La Demande, la Peyronne, la Deydière…). L’origine de son nom provient peut-être du provençal « tourtello » faisant référence à une espèce de limaçon qui colonisait ces grandes prairies. La bastide de la Tourtelle y était implantée à la fin du XIXe siècle, réaménagée, cette belle propriété est aujourd’hui le Parc des Colombes. Alors qu’en amont de la ville les terres fertiles de Beaudinard et du Gast produisent les cultures maraichères, celles en aval, irriguées par le béal de Camp-Major, favorisent d’abord la viticulture et l’élevage puis l’implantation de deux moulins, de poteries et d’une usine de gélatine.
Confrontée à la vétusté et à l’exiguïté de l’ancien abattoir du quartier des Défensions (aujourd’hui Pôle Enfance), la commune fait le choix d’implanter à la Tourtelle, sur un vaste espace aéré proche des axes de communication, un nouvel équipement plus moderne. Il succède à deux sites dont le plus ancien fut implanté en 1633 en plein cœur de ville en haut de la rue Jean-Jacques Rousseau.
Une propriété est acquise en 1930 par la municipalité Boyer qui choisit l’architecte Henri Lyon pour dresser les plans de ce bel ensemble s’étendant sur près de 5000 m2. Il propose des lignes sobres et harmonieuses, de style Art Déco, pour des bâtiments dotés de larges accès, des salles au sol de grès blanc et aux murs couverts de faïence. Les travaux débutent en 1937 et c’est la municipalité Espanet qui l’inaugure le 1er juillet 1939, Aubagne compte alors 13 949 habitants, 22 bouchers-charcutiers qui abattent chaque année plus de 10 000 animaux dont un tiers de porcs. Le marché aux porcelets du cours Voltaire y était très réputé !
Une voie et un pont sur l’Huveaune sont construits en 1931 pour accéder à l’abattoir depuis la RN 8, son implantation vient ainsi structurer le quartier. Mais c’est à partir de la seconde moitié du XXe siècle qu’un tournant radical est pris. De grands ensembles immobiliers sont bâtis : Groupe Pierrot (1964), HLM Logirem (1966), Résidence Anjou (1968), les Arpèges (1985). D’autres équipements publics sont créés : les groupes scolaires Anjou (1970) et Paul Eluard (1985), le Lycée Gustave Eiffel (1973) puis le Marché de Gros (1977).