Citoyenneté : Aubagne, au cœur du lien Armée-Nation

À Aubagne, le lien Armée-Nation se tisse comme un fil invisible. Entre la ville et la Légion étrangère, mémoire et fraternité se rencontrent lors de la cérémonie de Camerone, tandis que le correspondant défense, les porte-drapeaux et les acteurs de la Journée défense et citoyenneté veillent à renforcer le lien entre l’armée et la Nation. Les jeunes, au cœur de ces dispositifs, s’engagent au sein du Conseil Municipal des Jeunes et des classes défense, faisant résonner l’héritage du passé dans les promesses de demain.

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La Légion étrangère, servir avec Honneur et Fidélité

La Légion étrangère n’a connu que deux Maisons-Mères : Sidi Bel Abbes et Aubagne. Implantée au quartier Viénot depuis 1962, la Légion étrangère, par son histoire, ses valeurs et ses missions, symbolise des principes universels d’engagement et de courage. Elle joue un rôle essentiel dans la vie locale et dans la mémoire collective, en raison de son ancrage historique et de sa contribution aux missions internationales. Abritant le 1er Régiment étranger, Aubagne constitue ainsi un lieu hautement symbolique pour les légionnaires venus du monde entier. C’est ici en effet qu’ils débutent leur carrière militaire et la terminent. Le général Cyrille Youchtchenko, commandant de la Légion étrangère depuis 2023, nous confie : « Le quartier Viénot représente l’Alpha et l’Omega du légionnaire et c’est là que le général doit être pour les accueillir et leur dire « au-revoir ». Le 1er Régiment étranger ainsi que mon état-major ont une mission essentielle. Fort de l’expérience des anciens, ils construisent aujourd’hui la Légion de demain. De fait, ils sélectionnent, administrent et gèrent les légionnaires qui servent dans les régiments de combat, sans oublier toute la structure dédiée à l’entraide dont bénéficient nos anciens Légionnaires. » Terre de culture, de traditions et de mémoire, Aubagne entretient un lien filial avec cette prestigieuse institution militaire, source de fierté pour les Aubagnais qui accueillent la Légion avec respect et admiration en partageant les valeurs d’honneur et de fraternité qu’elle incarne. Cette relation aussi forte que symbolique, entretenue avec ferveur et sincérité, s’est traduite par l’élévation de la ville d’Aubagne au grade de 1ère classe d’honneur de la Légion étrangère en 2022. Cette distinction témoigne des liens indéfectibles qui unissent aujourd’hui la Légion à la ville d’Aubagne.

Par leur présence régulière dans la vie locale, les légionnaires insufflent l’esprit de défense et contribuent à entretenir le devoir de mémoire, en particulier à l’occasion des cérémonies commémoratives aux côtés de nos associations patriotiques.

Camerone, symbole du devoir de mémoire

Si le devoir de mémoire est partagé par toutes les armées, il revêt une dimension particulière au sein de la Légion étrangère. Repère essentiel pour les militaires étrangers, appelés à servir la France, il repose sur la transmission d’une histoire et de valeurs communes. Le colonel Pierre Granger, chef de corps du 1er Régiment étranger, souligne : « Nous avons un impératif d’enraciner nos étrangers, qui doivent comprendre qu’ils s’inscrivent dans une lignée au service de la France. Tous nos rites, nos traditions y contribuent pleinement. » Au Quartier Viénot, cet héritage s’appuie sur des symboles forts comme « la boule » symbolisant un globe terrestre, surnom donné au monument aux morts, en souvenir des 40 000 légionnaires disparus et le musée, au sein duquel chaque engagé découvre l’histoire de ceux qui l’ont précédé.

Tous les régiments célèbrent également deux moments mémoriels majeurs au cours de l’année : Camerone et la fête régimentaire. Pour le 1er Régiment Etranger, cette dernière s’est déroulée le 10 mars, date de la création de la Légion étrangère par le roi Louis Philippe en 1831. Quant à Camerone, honorée chaque 30 avril dans tous les régiments de Légion, elle commémore le combat héroïque de 1863 au Mexique au cours duquel une soixantaine de légionnaires ont tenu tête à près de 2 000 ennemis pour protéger un convoi. « Camerone c’est la bataille phare de la légion étrangère. Les légionnaires prêtent serment de se battre jusqu’au bout. C’est la fidélité à la parole donnée et le culte de la mission. » rappelle le colonel Granger. À Aubagne, cet événement est marqué par un moment unique : la remontée de la voie sacrée par le « porteur de la main » du capitaine Danjou jusqu’au Monument aux morts. Cette année, l’édition mettra à l’honneur le thème « La noblesse de servir », en présence de personnalités issues de grandes familles princières. « La noblesse sous l’angle des têtes couronnées qui ont servi à la Légion et surtout la noblesse pour un étranger de venir défendre un pays qui n’est pas le sien jusqu’à la blessure ou la mort » précise le colonel Granger. Kermesse, démonstration de la Patrouille de France, bal complèteront les festivités du 30 avril et 1er mai.

Le devoir de mémoire se perpétue grâce à l’engagement des associations d’anciens combattants et patriotiques, dont la présence fidèle aux commémorations et l’action auprès des jeunes renforcent le lien Armée–Nation.

Lien Armée-Nation, vecteur de cohésion nationale

Si les associations d’anciens combattants jouent un rôle central dans la transmission du devoir de mémoire, le lien entre la Nation et ses armées s’entretient chaque jour. À Aubagne, il s’incarne notamment dans la mission du correspondant défense, chargé d’informer les citoyens, en particulier les jeunes générations, et de les associer aux questions de défense. Véritable relais entre la municipalité et les institutions militaires, le correspondant défense est l’interlocuteur privilégié auprès de la Légion étrangère. S’attachant à répondre au mieux à leurs attentes, à les aider en cas de difficultés, il a su tisser au fil des années des relations de confiance et de respect mutuel avec ses interlocuteurs. En contact régulier avec les associations patriotiques, il participe aussi une fois par trimestre au comité de coordination, animé par Jean-Louis Farcy, président local de la Société des membres de la Légion d’honneur. De même, il intervient à chaque nouvelle élection auprès des jeunes du Conseil Municipal des Jeunes afin de les sensibiliser au devoir de mémoire, notamment lors des cérémonies commémoratives du 8 mai, 14 juillet, 21 août et 11 novembre auxquelles ils sont associés dans le cadre de leur mandat.

Ce lien entre l’armée et la nation se manifeste aussi à travers des actions et dispositifs en direction de la jeunesse. Étape clé du parcours citoyen, la Journée Défense et Citoyenneté (JDC) se veut plus immersive et dynamique afin d’aider les élèves à mieux appréhender la réalité de la vie militaire, les missions des forces armées ainsi que les possibilités de carrière. Rémunéré et ouvert aux jeunes de 18 à 25 ans, avec ou sans diplôme, le Service militaire volontaire (SMV), permet de servir pendant dix mois au sein des armées, dans des opérations concrètes tout en bénéficiant d’un accompagnement personnalisé favorisant l’insertion sociale et professionnelle. Il sera institué progressivement à partir de septembre 2026. Cet esprit d’engagement s’illustre au travers le parcours de Lucas Randrianalifera, plus jeune porte-drapeau de la Ville et ancien élu du Conseil municipal des jeunes. À moins de vingt ans, il témoigne : « Représenter la ville en portant le drapeau est une fierté pour moi comme pour mes parents. C’est important pour nous les jeunes ne pas oublier toutes les personnes qui se sont battues pour notre liberté. Porter le drapeau de la France, c’est porter une histoire. »

L’éclat d’une jeunesse engagée

L’exemple de Lucas et des jeunes du CMJ, tous porteurs des valeurs de mémoire et de citoyenneté, inspire d’autres élèves qui les découvrent progressivement au cours de leur scolarité. En mobilisant disciplines, parcours éducatifs et compétences transversales, les élèves, acteurs de leurs apprentissages, deviennent des « passeurs de mémoires ». À Aubagne, des actions éducatives menées dans les établissements scolaires contribuent à cette démarche. La visite du camp des Milles s’inscrit pleinement dans cet objectif. Elle est chaque année programmée au profit des les élèves de troisième des collèges Nathalie Sarraute, Sainte-Marie et Lou Garlaban, ainsi qu’aux lycéens de seconde du Lycée Joliot-Curie et les jeunes élus du Conseil municipal des jeunes. Seul camp français d’internement et de déportation (1939-1942) encore préservé et ouvert au public, ce site historique, reconnu parmi les 9 hauts lieux de mémoire, offre un parcours pédagogique structuré autour de trois axes : Histoire, Mémoire et Réflexion, destiné à renforcer la vigilance contre les extrémismes, le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. Le lien Armée-Nation s’est encore consolidé par la création d’une classe Défense au sein du collège Lou Garlaban en 2024, la 51e de l’Académie d’Aix-Marseille. Parrainée par la Légion étrangère, elle vise à « faire connaître les enjeux et les missions de défense tout en mettant en avant les valeurs transmises par ce corps d’armée », résume Madame Spinelli, principale de l’établissement.

En plus de développer une culture de la défense et de la sécurité nationale, les élèves en apprennent davantage sur la diversité des métiers, illustrée par des rencontres avec des intervenants de la Légion. Pour l’élève Hydi : « Ce qui me plaît dans la classe défense, c’est la découverte de la réalité du métier de légionnaire. J’ai appris qu’il fallait partir au combat, qu’on sauvait des gens. Défendre un pays, c’est un peu comme protéger une famille ». De nombreuses sorties ont déjà été effectuées :  participation à la cérémonie du 11 novembre, forums métiers sur les bases de Salon et Toulon, immersion de deux jours à la Légion. « Ils ont été sensibilisés aux valeurs d’entraide, de solidarité et d’engagement. Ils ont participé à des activités sportives, visité le musée, et même appris à se servir d’un famas ! » relate Madame Feuillard, l’une des enseignantes coordonnatrices.