La dérivation du béal, à Napollon

Histoire

L'eau vive du Béal des moulins

De Pont de l’Étoile à l’avenue Gabriel-Péri court l’eau du Béal des moulins. Ce canal d’irrigation a traversé les siècles, arrosant autrefois cultures, prés et vergers de la plaine d’Aubagne, aujourd’hui 17 hectares de jardins potagers.

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Sur la carte manuscrite et colorée que nous présente Jean-Pierre Bertos, président de l’Association Syndicale Autorisée des Arrosants du Gast et de Longuelance, apparaissent clairement les transformations apportées au Béal des moulins entre les XIVe et XVIIe siècles. Son tracé primitif est creusé pour alimenter en eau, et avec suffisamment de pression, les moulins des évêques, seigneurs d’Aubagne. Le canal traverse la plaine pour retrouver puis longer la route de Roquevaire et, dans une courbe légère, descend aux Défensions par le Pin Vert. Dans un premier temps, la prise d’eau dans l’Huveaune se fait à hauteur du quartier de la Gavedelle, puis se fixe plus tard 1500 mètres en amont, à Pont de l’Étoile. C’est toujours à partir de cette écluse que Jean-Pierre Bertos règle le débit du canal.

Le droit d’arroser

Ce n’est qu’à l’aube du XVIe siècle que l’évêque de Marseille fait établir la première charte fixant le droit des arrosants dont les terrains sont situés le long du béal. Du samedi midi au lundi midi, ainsi que les jours de fêtes de l’église, ils ont droit à la totalité de l’eau. En revanche, pendant la semaine, priorité au fonctionnement des moulins. Il n’est alors question que d’arrosage de légumes, l’eau s’écoulant par des trous de la grosseur d’un œuf placés sur les prises d’eau. 

En 1582, contre 100 charges de blé et 12 chapons par an, l’évêché cède à la commune les moulins, le béal et l’écluse sur pilotis de Pont de l’Étoile. Aussitôt la commune la fait reconstruire en pierres froides. De leur côté, les fermiers ont hérité de l’obligation d’entretenir le canal. En 1676, celui-ci s’enrichit d’une dérivation à Napollon. À partir de la vanne de Constant – ainsi la nomme-t-on encore aujourd’hui –, le béal traverse la route de Roquevaire, s’enfonce dans les prés, puis se joint de nouveau au canal à hauteur de l’actuel Parc en Ciel.

En dépit de l’urbanisation, de l’aménagement des lignes de chemin de fer Marseille-Nice et Aubagne-Valdonne-Fuveau, de l’autoroute et de la zone d’activité de Napollon, le tracé du Béal des moulins n’a plus changé. Régulièrement, Jean-Pierre Bertos en parcourt les sept kilomètres. Chaussé de cuissardes, il retire, obstiné, embâcles et déchets, aussi investi que ses prédécesseurs dans la préservation de cette pratique ancestrale.