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"L'Authentique Schpountz" distingué

Nous vous invitons à découvrir les trois nouvelles récompensées par le jury de la 2e édition du concours de nouvelles Marcel Pagnol.

Remise des prix du concours de nouvelles Marcel Pagnol 2018 au cinéma Le Pagnol Vendredi 16 novembre au cinéma Le Pagnol avait lieu la remise des prix de la 2e édition du concours de nouvelles Marcel Pagnol  organisé par l’association AD2C et la ville d’Aubagne, avec l’appui de Floryse Grimaud (Conseil édition communication).

Les membres du jury - Nicolas Pagnol, Daniel Picouly, Olga Bibiloni, Marie-France Bertin, Nathalie Sarrabayrouse, Valérie Berthelot, Sandrine Taddei et Floryse Grimaud - ont choisi de récompenser la nouvelle de Corinne Curt intitulée "L'Authentique Schpountz" (à télécharger ou à lire ci-dessous).

"Tragi-Comœdia" de Bernard Royer et "Silence on tourne" de Nicole Delorme, arrivées respectivement en 2e et 3e position, peuvent également être téléchargées.

Pour mémoire, le thème imposé par Daniel Picouly, le président du jury, était ainsi formulé :

Le Schpountz chez Marvel

« C’est jour d’audition au Comœdia d’Aubagne. Une audition un peu particulière. On recherche un Schpountz, mais un Schpountz spécial. Un super Schpountz. Disney, depuis qu’il a racheté Marvel doute de l’avenir des supers héros violents chargés de sauver le monde : Les Spider-Man, X-Men, Quatre Fantastiques, Hulk, Thor et autre Captain America, c’est fini ! Place aux « supers héros positifs, bardés de naïveté poétique, propres à remettre d’aplomb, notre monde chahuté d’aujourd’hui. » (Dixit un dirigeant) Glen Hurtis est américain. Il est scénariste en panne d’idée chez Marvel et possède depuis une vingtaine d’années, une résidence secondaire dans les collines. Il connaît l’oeuvre de Marcel Pagnol par coeur et pour lui, il n’y a aucun doute le super héros dont le monde a besoin, c’est Le Schpountz, et le meilleur moyen pour le trouver, c’est d’organiser un "casting Schpountz" au théâtre d’Aubagne. »

• Début imposé

Sous le robinet du bidon de pétrole

Irénée en est certain, c’est son jour. Le jour de sa vie. Il va enfin devenir « Le » Schpountz aux yeux du monde entier. Pour l’instant, il n’est que le fada de la minuscule épicerie « Alimentation-Tabac » de son improbable village perdu dans les collines. Son épicerie est une réplique approximative de celle du film « Le Schpountz » de Marcel Pagnol. Il y expose des anchois des tropiques qu’il déconseille au peu de clients « pour raisons sanitaires » et vend des casseroles uniquement pour radiateur d’autos en panne. Son costume a plus de revers que de costume, sa moustache se décolle au soleil et sa raie dans les cheveux lui partage la bonne humeur en deux. Il a posé sur sa table de chevet, un modèle réduit d’un cabriolet Peugeot 601 pour figurer sa réussite à venir : bref ! il est le Schpountz : le vrai. Et cela va exploser comme une évidence dans une heure sur la scène du Comoedia d’Aubagne. Il a hâte. Il s’est préparé à l’audition. Il ne lui reste plus qu’à récupérer cet invraisemblable costume de Schpountz qu’il a dessiné lui-même. Son arme secrète. Pas de Schpountz sans costume. Il apparaîtra et cela suffira. Irénée entend déjà la salle scander son nom. Le costume est là. Unique. Irénée manque défaillir. La veste est roulée en boule dans une corbeille à croissants sous le robinet du bidon de pétrole. Son costume est fichu. Son rêve évanoui. Il reste 54 minutes à Irénée avant l’audition…

 

 L’Authentique Schpountz

Corinne Curt

Pas de Schpountz sans costume ? Oui mais sans Schpountz, à quoi sert le costume ? La production se chargera bien de lui en créer un à la mesure de son talent après son triomphe pendant l’audition. Il pourra même les conseiller. En toute modestie bien sûr. Après tout l’habit ne fait pas le Schpountz : on naît Schpountz, on est Schpountz dans l’âme ou on ne l’est pas ! Ça, le jury le verra immédiatement. Des années qu’il s’entraîne à l’épicerie en vantant la qualité de ses produits sur tous les tons. Nul ne sait comme lui adopter un ton salé pour vendre la morue, coulant pour le camembert ou mimer une peur bleue pour le roquefort. Allez boulegan, 3 minutes avant le passage du bus vers Aubagne, vers la gloire. Il se voit déjà en haut de l’affiche !

Irénée entend le bus arriver bien avant de le voir. Il faut dire que bus cymbale autant qu’un essaim de cigales dans une pinède en plein été et fume au moins autant qu’une sardinade. Le véhicule, dans un dernier souffle, s’échoue à l’arrêt de bus et le regarde avec des yeux de merlan frit. Irénée voit un banc de personnes esquichées comme des anchois qui sortent en marronnant après le chauffeur. Celui-ci change l’affichage pour l’inscription « Dépôt ». Effectivement le bus est bien déposé là au milieu de son circuit… Le prochain bus ne passera que dans 30 minutes. Impossible d’attendre.

Irénée dégaine alors son portable et mitraille à toute allure sur l’application « Blague-Blague Car » pour tenter de trouver un moyen de se rendre à Aubagne en temps voulu. Par chance, Galejadountz (drôle de pseudo mais pas le temps de s’attarder) va partir des Accates en direction d’Aubagne et devrait donc passer à Eoures d’ici 5 minutes : parfait !

La voiture arrive : Irénée a un mouvement de recul en découvrant que Galejadountz n’est autre que Jean Pati, l’un de ses anciens collègues de classe qui l’avait souvent gansaillé dans la cour. Il faut dire qu’à l’époque ce Pati était beaucoup plus balèze que lui et rêvait aussi de faire l’acteur. Depuis, ils se sont perdus de vue. Galejadountz fusille Irénée du regard mais finalement ne fait pas le mariole et l’embarque. Curieusement, quand Irénée lui dit qu’il se rend au Comoedia, Jean marmonne qu’il le sait bien et se mure dans un silence belliqueux. Tant pis, ce n’est pas aujourd’hui qu’ils feront la paix… Tout à son proche et inévitable succès, Irénée ne se laisse pas déconcentrer.

Quinze minutes plus tard, la voiture passe devant le théâtre bardé d’une grande affiche : « Casting Schpountz ». Galejadountz se gare un peu plus loin. Les 2 occupants descendent de la voiture et alors qu’Irénée, poli, s’apprête à dire au revoir à Galejadountz (adieu serait mieux pense-t-il), celui-ci récupère une housse de costume à l’arrière de la voiture et prend la direction du Comœdia d’un pas vif, sans le saluer. Irénée a un peu pitié de son ancien collègue en pensant qu’il n’a aucune chance face à lui. Cette fois, c’est lui qui aura le dessus : la loi du plus Schpountz n’est pas la loi du plus fort…

Irénée entre en conquérant dans le théâtre et se présente avec superbe à la secrétaire. Elle note l’arrivée d’Irénée sur la liste des inscrits à l’audition qui n’a pas l’air très longue. Et oui, peuchère, il y a dû y avoir des démissions en masse quand la présence d’Irénée a dû se savoir. La secrétaire lui indique qu’il y a 2 candidats avant lui. Le premier d’entre eux sort d’ailleurs juste de la salle de spectacle et rejoint l’autre soi-disant Schpountz. Irénée manque s’esclaffer en entendant leur accent : comme si le Schpountz pouvait avoir l’accent pointu ! D’après la secrétaire, la salle est comble et le public exigeant, n’hésite pas à huer les mauvais concurrents. Irénée n’est pas inquiet du tout mais se rapproche tout de même de la porte pour écouter les réactions des spectateurs. Dans 15 minutes c’est son tour et bientôt son nom s’étalera sur les affiches en 10 fois plus gros que n’importe qui !

Pendant ce temps, Galejadountz a enfilé un costume, veste et pantalon assortis, coupé dans un tissu « marinière ». Raté pour la « French Touch » : avec son air patibulaire, il a tout d’un bagnard.

Alors que le candidat sort de la salle d’audition et qu’Irénée s’apprête à savourer son triomphe, on entend des sirènes au loin. Elles se rapprochent. Des voitures de police arrivent à toute allure et se garent en vrac devant le Comœdia… A partir de là tout va très vite : Irénée voit Galejadountz se précipiter vers la salle d’audition l’air de celui qui a quelque chose à se reprocher. Irénée fonce derrière lui pour aider la police et aussi, un petit peu, parce que ça lui donne une bonne raison de le gansailler à son tour. Si l’audition est annulée à cause de ça, il ne répond plus de rien ! S’en suit une course poursuite dans le théâtre : Irénée saute sur la scène, s’empêtre les pieds dans le tapis et manque s’affaler, se raccroche à un élément du décor qui tombe avec fracas. Il lui semble entendre la salle rire à gorge déployée. Etrange pense-t-il, la situation est pourtant grave, le public doit bien voir la police derrière lui. Il remonte alors l’allée derrière Galejadountz qui se retrouve bloqué au niveau des derniers fauteuils de l’orchestre. Irénée commence à sautiller comme un boxeur les poings fermés. Jean Pati n’oppose aucune résistance. Non, pas de doute, la salle est en train de se tordre de rire… Irénée jette un coup d’œil derrière lui pensant que quelque chose de spécial est en train de se passer sur l’estrade, mais non rien, rien de rien. Etrangement, les policiers sont là sur la scène mais ne paraissent pas vouloir bouger. Les personnes de la production se sont levées et regardent dans sa direction. Un silence oppressant puis très vite les applaudissements. Une salve d’applaudissements. Tout le public est debout. Irénée ne sait plus trop où il en est. Il tient Galejadountz par la manche quand même, au cas où.

La production demande alors au public de faire silence et à Irénée de monter sur scène. Celui-ci s’exécute en traînant Galejadountz derrière lui. Le producteur explique alors à Irénée qu’il vient de faire un bout d’essai pour leur prochain film. C’est Glen Hurtis le scénariste qui a découvert le talent d’acteur d’Irénée, un dimanche matin. Glen a été conquis par le ton sucré d’Irénée pour lui vendre du miel, énergique pour le café, acide pour les citrons et glacial pour les sorbets. Des acteurs et des personnes de la production sont aussi passés depuis quelques mois pour le voir et l’écouter vanter ses produits sur tous les tons. Irénée comprend alors pourquoi sa petite affaire prospère depuis ce temps-là. La production était donc sûre des talents d’acteur d’Irénée mais il fallait vérifier sa grandeur d’âme pour qu’il puisse être LE Schpountz. Ainsi, tout ce qui s’était passé depuis 54 minutes avait été minutieusement manigancé par la production : le costume sous le bidon de pétrole, la soi-disant audition ouverte à tous, le car en panne avec des acteurs jouant les voyageurs et le chauffeur de bus, l’arrivée de Jean Pati, cascadeur de son état, mais qui avait tenu à se rattraper de son comportement quand il était minot, l’arrivée des policiers fictifs. La seule chose de vrai était l’enjeu de cette audition. Irénée avait pleinement montré sa grandeur d’âme d’abord en ne se joignant pas aux jérémiades des voyageurs du bus, puis dans la voiture de Jean Pati en restant cordial et enfin en n’écoutant que son courage pour poursuivre le prétendu malfaiteur. Il avait aussi, à cette dernière occasion, confirmé son jeu d’acteur. Malgré toutes ses certitudes, Irénée a un peu le vire vire, il lui semble que la scène tangue. Son don reconnu de tous !

Deux ans plus tard, heureux et parfaitement à l’aise, il est sous les projecteurs d’une salle bien plus grande. Accompagné de trois autres comédiens, deux femmes et un homme, il salue la foule en liesse. C’est la première de la projection du film produit par DC Comiques « Les 4 Authentiques : Ils craignent dégun ! ».

undefined"L'Authentique Schpountz" - Corinne Curt

2e place

undefined"Tragi-Comœdia" - Bernard Royer

3e place

undefined"Silence on tourne" - Nicole Delorme

 

Nicolas Pagnol, le petit-fils de Marcel Pagnol 


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