Miguel Nosibor

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09/04/2010

Quand Miguel marque une pause

Miguel Nosibor est sur la scène du Comoedia le 27 avril avec son solo « Temps d’arrêt » dans le cadre de la manifestation Danse en avril qui débute le 10 et investit la ville tout le mois.

Il danse sur la scène nationale d’Aix, sur celle du Ballet de Marseille, enseigne dans d’autres villes de France, en Guyane, en Martinique ou au Canada. Il est l’une des figures historiques du mouvement hip hop en France. Pourtant, le 27 avril, lorsqu’il entrera sur la scène du Comoedia pour interpréter son solo, Temps d’arrêt , Miguel Nosibor éprouvera une émotion particulière. Car pour Miguel, Aubagne est essentiel. « C’est essentiel, dit-il, parce que mes premiers pas de danse, c’est ici que je les ai faits. Le premier cours que j’ai véritablement installé en me posant la question de savoir où j’allais emmener les jeunes, c’était ici à Aubagne. J’y ai élaboré ma pédagogie, j’ai été confronté à la réalité. Le contact avec les gens de cette ville est un moteur pour moi ».

Miguel Nosibor, habillé de blanc, dans une posture démontrant une grande souplesseCe n’est pas un hasard si ce solo est créé aujourd’hui. Il représente une bonne année de travail. Miguel a reçu une bourse d’aide à la création, a travaillé en résidence à La Distillerie et au Comoedia, avant de se lancer sur la scène du Pavillon noir à Aix. « Temps d’arrêt est arrivé à un moment où je me posais la question de savoir comment continuer à évoluer. Comment je continue à avancer avec mes convictions, mais aussi mes interrogations. Comment je continue de transmettre aux jeunes, quelle trace je laisse et que puis-je offrir à mon public ?».

Il est conscient que tout va très vite, il sent la nécessité de ce moment où l’on se pose et où l’on essaie d’obtenir des réponses à ses questions. Quel pouvoir d’action, comment se dessine un avenir. Avec Temps d’arrêt, Miguel Nosibor arrête justement le temps, respire et pose un regard en arrière pour mieux se projeter. Ce regard en arrière est fondamental. Il se souvient avec émotion de ses pères formateurs, Sidney, celui de l’esprit et du coeur et Mic Guillaume, formateur de l’esprit, du corps et du mouvement. Et chez Miguel, tout part du mouvement. C’est le mouvement et le corps qui dictent tout et c’est ainsi qu’il travaille avec Denis Théry, le musicien, Yann Marquis, le vidéaste ou encore Eric Rolland, le scénographe et l’équipe d’En Phase, sa compagnie.

« Je guide, j’emmène, je propose beaucoup »
dit Miguel. L’héritage de la culture hip hop a aussi à voir avec cette manière d’agir. Avec les jeunes des cours d’Aubagne, de Nyons ou d’ailleurs, il rappelle combien fonctionner ensemble est essentiel. Alors, sur la scène il y va avec l’envie de donner le maximum au public. A chaque cours, aussi : « Je mets une graine, je garde la corde. Les valeurs du hip hop aidentà grandir, c’est une philosophie de la vie, ce n’est pas pour fabriquer des danseurs ». Face à ce solo, on ressent une émotion intense, on est happé dans son monde, ses retours et ses renaissances.

La compagnie Weeraata et Miguel Nosibor


Lire ci-dessous d'autres extraits de l'entretien de notre journaliste avec Miguel Nosibor :

Environ un mois avant la manifestation Danse en Avril, j’ai rencontré Miguel Nosibor, danseur, chorégraphe et formateur. Nous avons échangé autour de sa dernière création, son solo « Temps d’arrêt », du rapport qu’il entretient avec Aubagne, de la transmission auprès des jeunes. Nous vous proposons des moments de cet échange.

Sophie Péhaut-Bourgeois : Nous sommes à la veille de la représentation au Comoedia de ton Solo « Temps d’arrêt ». Cela représente un an de travail…


Miguel Nosibor : Oh oui une bonne année de travail sur la réflexion, sur ce que je vais raconter. Il y a des départs d’idée, de matière qui existaient déjà au tout début, des prémices. Puis il a fallu partager ces idées là avec les personnes avec qui j’allais collaborer sur ce projet, Yann Marquis, le vidéaste, Denis Théry, à la création musicale, Julia Didier, la costumière, Eric Rolland, créateur de la lumière et de la scénographie et bien entendu l’équipe d’En Phase, Fabienne Nosibor et Nathalie Quirin. Il a fallu parler, prendre tous ces temps de réflexion sur le propos, j’ai avancé avec l’équipe. Des questions et des réponses...

SPB : Comment as-tu travaillé sur ce solo ? Est-ce que tu commences par la chorégraphie pour ensuite discuter avec l’équipe, ou est ce que les choses se nourrissent les unes les autres ?

MN: Les choses se nourrissent les unes les autres. Parce que je passe du temps en studio et quand je passe du temps sur les différentes matières dansées, ça me nourrit. Les idées arrivent, je voyage dans l’imaginaire. Ca me rapproche de plus en plus du propos, alors effectivement il y a ces allers-retours, je prends des temps avec le musicien, je parle d’ambiance, de couleur, de matière. C’est intéressant, car je n’ai pas le langage des musiciens, je lui parle de matière, d’odeur, de parfum, de couleur, de ce que ça évoque chez moi. Et l’on construit. Alors lui me fait des propositions musicales et on resserre l’étau. C’est ainsi avec la costumière, le vidéaste. C’est ce qui est passionnant dans ce travail, c’est une véritable collaboration. Je guide, j’emmène, je propose beaucoup. Et puis les autres se saisissent de l’histoire et me font des propositions.

Miguel Nosibor parle au microSPB : C’est donc le mouvement et le corps qui dictent tout ?


MN : Chez moi ça passe par le corps, oui ça passe par là. Les chemins se dessinent par le corps et la réflexion vient après. Ce qui est moteur chez moi c’est le mouvement.

SPB : Est-ce le fait d’être autodidacte ?


MN : Oui complètement.

SPB : Mais aujourd’hui tu es formateur, tu es dans la transmission, tu enseignes. Y a-t-il d’autres éléments qui entrent en ligne de compte ?

MN : Bien sûr. Il y a aussi les fruits de l’expérience. J’ai suivi des formations sur la transmission, des formations de formateur, au CND de Lyon, au CND de Pantin (Centre national de la danse), je suis formateur à mon tour. Je suis aujourd’hui formateur de formateur, c’est rigolo de le dire comme ça ! J’ai pris beaucoup de cours, fait des stages avec d’autres danseurs. J’ai fait beaucoup de danse contemporaine, de jazz, de classique, de la capoeira. J’ai fait du kung fu, du tai chi. Les arts martiaux me parlent beaucoup.

SPB : En effet tes mouvements, ta gestuelle, appellent une ambiance très zen, quelque chose de très « japonisant ».

Oui je cherche ça. C’est très nourrissant pour moi. C’est un travail très interne qui est abordé pour le mouvement. C’est savoir être sur l’explosivité ou sur l’accueil quand on est en situation de combat, c’est savoir accueillir et repousser. Pour ce travail là, il faut être très éponge ou très alerte et, pour trouver cet état d’alerte, il faut être très intérieur. C’est ce qui me plait. Ca m’intéresse dans mon travail de danseur, mais aussi dans la transmission. C’est le même parallèle. Quand on veut donner, il faut savoir aussi suffisamment être à l’écoute de ce qui se passe en face pour être en accueil et savoir comment répondre aux questionnements des uns et des autres. Autant chez les enfants que chez les plus grands ; Ils ont des envies, des attentes, des besoins, ils sont chacun à une étape de leur vie. Il faut réussir à le comprendre au travers du comportement, de ce qui se dit mais aussi de ce qui ne se dit pas. Il y a en effet chez les individus beaucoup de choses qui ne se disent pas. Il faut essayer de capter du mieux que l’on peut, et voir comment on peut répondre. C’est ce qui est passionnant dans la transmission. C’est un vrai bonheur de travailler comme ça.

SPB : Le temps d’arrêt, c’était un moment où tu t’interrogeais...

MN : Complètement. Temps d’arrêt est arrivé à un moment où je me posais la question : « Comment je continue à évoluer ? » Comment je continue à avancer avec ce que je sais, avec mes convictions, avec aussi toutes mes interrogations, ce que je ne sais pas, ce que je ne veux pas, ce que j’ai envie d’aborder mais qui m’inquiète, qui peut me faire peur. Comment je continue à transmettre, qu’est ce que je donne aux jeunes, qu’est ce que je laisse comme trace, où je les emmène, comment je les embarque, qu’est-ce que je peux offrir à mon public aussi, qu’est-ce que je m’offre comme perspective ? Toutes ces questions devenaient de plus en plus fortes, de plus en plus importantes et à un moment donné j’ai décidé d’une pause pour les mettre dans un endroit de ma tête, de mon corps et obtenir au fur et à mesure des réponses.

Miguel Nosibor devant un rideau de fer

SPB : Tu avais l’impression d’être happé par le temps ? De ne plus être maître ?

MN : Oui j’ai eu peur de ne plus être maître. Je me rends compte, mais ça c’est l’âge, que les choses vont effectivement très très vite. Tout est bousculé, les médias, le temps, tout va très vite, on est constamment matraqué d’informations alarmantes, effrayantes. Quand on est au contact des gens, de l’humain, des jeunes comme j’ai la chance de pouvoir l’être, on ne peut pas ne pas se poser de questions sur où va la société et sur comment on existe à l’intérieur de ce cadre sociétal. Quel pouvoir d’action on a, comment se dessine un avenir ; toutes ces questions font que j’ai appelé le spectacle « Temps d’arrêt ». Il est important de s’arrêter pour pouvoir respirer et poser un regard en arrière, ce regard est fondamental. Je crois que l’on ne peut avancer que si on a pris le temps d’identifier le chemin emprunté, si l’on sait ce que l’on a gagné, ce que l’on a perdu. On a besoin d’un vrai regard en arrière pour mieux se projeter.

SPB : C’est à ce moment du spectacle que j’ai eu la plus forte émotion…

MN : Ce que je peux dire après réflexion, c’est que l’important pour moi dans le travail est de rester le plus authentique possible, le plus proche de mes émotions et de moi et d’essayer de ne pas tricher avec, être le plus honnête possible. Autre chose très forte pour moi dans ce travail, et qui du coup est dans ce spectacle, c’est que je crois que l’avenir pour nous tous est possible si l’on travaille ensemble, si l’on s’unit, si l’on se serre les coudes et communiquons les uns avec les autres. C’est ce qui m’a nourri, alors ça se ressent. Il y a des choses qui m’échappent peut-être mais ce message dont tu me parles et que d’autres m’ont aussi transmis m’a énormément touché, c’est super fort et intéressant parce que ça fonctionne, ça marche, les gens ressentent ça. Ça me fait du bien parce que j’essaie d’être honnête, je vais me livrer, et je vais livrer ma pensée, mes émotions et elles sont liées au fait qu’il faut fonctionner ensemble.
On est tous sur nos chemins, dans nos besoins d’agir et de faire…très souvent les gens ne fonctionnent pas ensemble, car ils n’ont tout simplement pas pris le temps de se regarder, de s’écouter. On est dans des a priori de l’un ou de l’autre. Tout ça est nourri par la peur. Moi même j’ai aussi très peur, je ne suis pas différent des autres. C’est souvent la peur de l’autre qui fait qu’on se tolère mais qu’on ne fait pas corps ensemble.

Miguel NosiborSPB : On a une belle illustration du "fonctionner ensemble" dont tu parles avec la soirée des 10 ans du forum des jobs. Quel est ton rapport à la ville d’Aubagne ? Tu danses à l’international, tu es reconnu, dans d’autres villes de France. On se dit que tu pourrais abandonner les cours avec les petits ici à Aubagne. Et pourtant on a l’impression que c’est essentiel...

C’est essentiel. Oui c’est essentiel pour moi. C’est essentiel pour moi, parce que mes premiers pas de danse je les ai faits ici. Le premier endroit où j’ai véritablement installé un cours, des ateliers, c’est à Aubagne. Avant ça je remplaçais des profs, mes premières armes je les ai faites comme ça.
Au pied levé on me demandait, je faisais des choses ponctuelles. J’ai donné un cours ici, un atelier là, j’ai fait ma formation comme ça avant de donner vraiment un cours à Aubagne. Mais le premier endroit où j’ai installé un cours, où j’ai construit un projet sur l’année en me posant la question : « De septembre à juin, où vais-je emmener ces jeunes ? Quelle restitution on en fera et sur quel thème », la première fois que je me suis posé ces questions, c’est ici à Aubagne. Ça a été énormément de travail. On résume cela en quelques mots mais ce sont des années de travail. J’ai élaboré ma pédagogie. J’ai été confronté à la réalité. C’est ce qui m’a permis d’aller ailleurs porter cette pédagogie. La souche a toujours été ici à Aubagne, je ne pouvais pas me départir de ça. J’aime énormément ma ville, ma région. J’ai grandi ici, j’ai vu la ville évoluer, j’ai vu le mouvement hip hop grandir, évoluer, et j’ai toujours été attaché ici. C’est fondamental pour moi. Le contact avec le réel de cette ville, avec les gens, c’est un moteur pour moi. Je peux partir très loin, je vais travailler en Guyane, en Martinique, au Canada, en Espagne, je travaille à Nyons, à Paris, à Lyon, à Avignon dans le Vaucluse. Mais je vais bosser dans toutes ces régions parce que je suis fort de quelque part, parce que j’ai une racine forte et je dis toujours que les feuilles tiennent à partir du moment où l’arbre a des racines fortes. Et si les racines sont fortes, l’arbre peut grandir, les feuilles être magnifiques…je me déploie parce que j’ai des racines fortes, parce que j’ai un endroit où je me retrouve où je peux me ressourcer, me reconstruire. Si à un moment donné je me sens déstabilisé…Ma famille est ici. Et pour moi c’est primordial, c’est ce que je délivre comme message, c’est ce que je dis à mes enfants. Il y a un endroit pour chacun, on peut inventer sa famille, son endroit. Moi j’ai trouvé le mien, il est ici quoiqu’il en soit, ça c’est sur. Quand je travaille avec les enfants qui ont 7 ans, souvent je repense à moi courant dans la garrigue à Aubagne, il y a plus de 30 ans. Et c’est important. Quand je vois les jeunes passer aux mêmes endroits où je passais quand j’étais gamin, ça m’amuse. Mes racines sont ici, c’est clair. Je ne peux pas perdre ça, si je perds ça je perds une partie de moi même. C’est pour cela que je suis ici, parce que c’est ma force.

SPB : Ce n’est pas la 1ère fois que tu danses au Comoedia. C’est une longue histoire entre vous.


MN : Oh oui. J’y danse depuis que je me suis révélé en tant qu’artiste. Ou plutôt depuis que le public m’a révélé en tant qu’artiste. Je crois que c’est le public qui considère ou ressent un potentiel artistique. On ne se dit pas je suis un artiste. Je me le dis aujourd’hui, à 40ans passés parce que l’expérience, les preuves. Je peux le dire aujourd’hui, mais c’est le public qui le dit en premier.

Miguel Nosibor et Nacim BattouSPB : C’est toi qui as formé Nacim Battou ?


Oui c’est moi, et encore aujourd’hui, car la formation n’est jamais finie. Moi même j’ai des pères formateurs...

SPB : Qui sont-ils ? Sydney ?


MN : Sydney en fait partie, c’est le formateur de l’esprit et du cœur. Et il y a Mic Guillaume, Mic Guillaume est un formateur de l’esprit, du corps, du mouvement, de la relation aux autres. Il est toujours là pour moi. J’ai toujours un moment où je vais voir Mic à Paris, chez lui. On s’enferme trois quatre jours. Il a une soixantaine d’années, il danse toujours. Je l’ai rencontré il y a une douzaine d’années dans le cadre des formations de formateur qui se mettaient alors en place, l’une des premières, à la ADDM 84, dans le Vaucluse à Avignon. Il est chorégraphe, formateur, il travaille pour différents CCN (centre chorégraphique National) Paris, Lyon. Il travaille auprès du ministère de la Culture comme Inspecteur de la Danse. C’est un vrai guide pour moi. Et puis il y a tous les anciens danseurs sur lesquels je me suis appuyé, je ne peux pas tous les citer, qui m’ont aidé, fait rêver… Je le cite lui, car c’est aujourd’hui encore la personne vers qui je peux me tourner, avec qui j’apprends encore mon métier. C’est pour cela que je dis que la formation ne s’arrête jamais. Avec Nacim, je pense jouer ce rôle. Je suis toujours là pour lui. On prend toujours des temps d’échange, on parle de création, on parle de la formation, de la transmission, du corps, du mouvement.

SPB : Y a-t-il beaucoup de gamins de tes cours comme lui qui ont envie de suivre ta trace ?

MN : Oui, il y en a. Il y en a beaucoup.

SPB : Tu leur dis combien c’est difficile ?


MN : Je les préviens que c’est très difficile. Il ne faut pas l’oublier, ils en sont conscients. Ils ont l’envie. Il y en a qui abandonnent, d’autres qui persévèrent. Je commence toujours par leur dire que c’est difficile. Et puis après on se dit le reste. Parce que c’est important. Il faut être très alerte, très vigilant, Il faut se rappeler qu’il faut avoir du courage, qu’il faut toujours garder la même motivation, la même flamme. Il faut se rappeler tout ça.

SPB : Lors du spectacle aux Marronniers, c’est le message que tu as transmis aux petits des Passons…

MN : Je dis à tout le monde que la scène n’est pas un endroit où l’on va n’importe comment. C’est un endroit privilégié, particulier, et lorsque l’on monte sur scène c’est parce que l’on a quelque chose à dire. On va sur le plateau quand on a quelque chose à défendre, quand on a quelque chose à raconter. Je ne prends pas la scène uniquement pour me faire plaisir. Et ça c’est fondamental dans notre métier et dès le plus jeune âge il faut le faire comprendre aux enfants. D’autres vont nous regarder. Que les gens aient payé ou non ils ont décidé de venir nous voir et de nous accorder du temps. Que va t-on faire d’intéressant pour ceux qui nous regardent ? bien sûr que cela doit être intéressant pour nous aussi. Mais comment va t-on faire pour le rendre important pour ceux qui nous regardent. Se poser cette question est essentiel, Ce n’est pas uniquement pour la danse hip hop. Cela s’applique à toutes les formes d’expression artistiques, mais c’est encore plus important pour la culture hip hop. Historiquement le hip hop veut donner le meilleur aux jeunes des ghettos, c’était un chantier énorme. Il ne faut donc jamais oublier l’essence. L’histoire du hip hop a fait le tour de la terre. Il faut se poser la question : Quel mouvement universel vais-je danser ? Comment artistiquement la danse a sa place dans le monde ? Quelle écriture chorégraphique je peux poser ? Alors dans mon quotidien, étape par étape, je mets une graine. Et je garde la corde, les valeurs du hip hop aident à grandir, c’est une philosophie de la vie, ce n’est pas pour fabriquer des danseurs. Comment exister et prendre sa place dans un cours. Lorsque j’ai quarante gamins, j’ai un regard sur chacun d’eux. On verra plusieurs groupes de jeunes le 27 avril au Comoedia. J’aurais aimé inviter plus de monde. On verra la Cie Weeraata (les Héritiers) que j’ai créé ici à Aubagne. Ils danseront « à bâtons non rompus ». C’est un groupe où plusieurs générations de danseurs se retrouvent. Et il y aura aussi le groupe de jeunes de Nyons avec lesquels je travaille. Nous avons créé avec eux une petite forme qu’ils interprèteront ce soir là. Ils sont très fiers de venir à Aubagne.

Miguel NosiborSPB : Et ton histoire avec Aubagne ?

MN : Ce qui se passe ici est très riche. Lorsqu’on est jeune on pense toujours que c’est mieux ailleurs. Ceux qui construisent ici sont des vrais chercheurs, mais il y a aussi la proximité avec les gens. C’est ce qui me plaît, et que l’on se croise. Ça n’a pas toujours été facile de savoir comment communiquer. Aujourd’hui je m’inscris dans le projet mais quand je commençais à me poser des questions et que j’avais envie de faire des choses, je ne comprenais pas pourquoi je galérais. Quand tu as 20-25 ans et que tu as des milliers de projets dans la tête et que l’on te réponds « d’accord c’est intéressant mais fais moi un projet », tu es là et tu te demandes comment on fait, par quoi il faut commencer.
Il y a eu des moments compliqués, d’incompréhension. Mais dans tout ça ce qui est le plus difficile et c’est pour ça que je me bats autant aujourd’hui auprès des jeunes, que je suis avec eux et que je fais tout ce que je peux. Ce qui est difficile lorsque tu es jeune, c’est quand tu as des idées, des envies et que tu crois en tes qualités et qu’on veut absolument te laisser dans ta place de jeune. Dans ta place de petit jeune ! Aujourd’hui c’est plus facile pour un jeune comme Nacim parce que j’ai ouvert des portes. J’ai dit aux jeunes la porte est ouverte, passez, c’est mon travail. Mais il a fallu les ouvrir ces portes. Lorsqu’on te dit c’est bien ce que tu fais, c’est intéressant mais reste là à ta place, et tant que tu es là nous ça nous va bien. Souvent, les jeunes savent qu’ils ont l’énergie pour faire les choses, mais ils pensent qu’ils n’ont pas la capacité pour franchir le cap, se faire entendre. C’est très difficile d’aller parler de ce que l’on veut faire. C’est un cap à passer… Je me revois jeune et je me dis que ça n’était pas facile quand il fallait défendre mes projets. Tu rencontres aussi des gens qui savent accompagner mais tu en as d’autres qui peuvent te casser en te prenant de haut. C’est pas comme ceux qui te disent je vais t’accompagner. Là tu te sens aidé et tu y vas. Je te parle de choses qui se sont passées il y a plus de 20 ans. Aujourd’hui les choses évoluent.

SPB : Après le Pavillon Noir, et Marseille, quels ont été les retours ?

MN : Dans mon parcours beaucoup de gens m’on fait confiance. Mais là c’était la première fois que l’on me faisait autant confiance. Tu montes une association et une équipe administrative qui monte la structure et qui te fait confiance. A côté, une équipe artistique qui s’engage et te fait confiance et à côté de cette équipe il y a des partenaires et dans ces partenaires il y a la Ville, le Comoedia, les élus, la Distillerie.
Et des partenaires forts comme le Ballet National de Marseille, le CCN les ballets Preljocaj et le Pavillon noir à Aix, le festival Karavel de Bron. J’ai été les chercher, je les ai provoqués. Maintenant tu as tout ça, on a mis des billes dans le panier pour que tu puisses faire ce que tu veux. On t’en donne les moyens. Ça tombait bien, ça faisait tellement longtemps que j’attendais ça. Et au moment de monter sur scène, tu penses soit ils sont touchés, soit ça ne marche pas.

SPB : Tu l’as senti dès le début, à la Distillerie, que ça marcherait ?

MN : Je suis convaincu de ce que je porte mais comment c’est reçu… A la Distillerie, c’est la famille, c’est important. Mais les autres ne sont pas ta famille… Il y a des enjeux pour tout le monde. Tu ne peux pas ne pas y penser quand tu vas monter sur scène. Alors, lors de la première, je me dis c’est énorme. Je souffle et j’éclate en sanglots. Chacun a été touché. Je ne m’attendais pas à autant de retours si forts. Tu atteins l’humain dans le profond. Le corps est mis à rude épreuve. Au Ballet National de Marseille, ça a été pareil. J’y suis arrivé rassuré et je me régale et déguste chaque moment de la pièce.

SPB : Au Comoedia, il y aura un pincement particulier...

MN : Ça va être un moment très fort. Il y aura la famille. Ma mère sera là, elle est ma première fan. Elle m’a toujours encouragé. Je m’y prépare.

sophie.pehaut-bourgeois(at)mairie-aubagne.com


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