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Gratuité chérie

L'an I de la gratuité

Depuis un an, les bus de la communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile sont gratuits sur l’ensemble du réseau. La mesure qui ravit les gens d’ici, pourrait s’étendre ailleurs…

Beaucoup de jeunes, ce mercredi 5 mai, dans un autobus de la ligne 8, en direction de Saint-Zacharie. Une jeune femme distribue un questionnaire relatif à la réouverture de la Voie de Valdonne. Un quiz complètement déjanté qu’elle présente de manière parfaitement loufdingue. Les passagers rient aux éclats. Certains sont dubitatifs. Que se passe-t-il ?

« A l’approche de la semaine du premier anniversaire de la gratuité des transports, nous avons voulu sensibiliser les voyageurs au dossier de la voie de Valdonne, explique André Julien, maire de La Bouilladisse, membre de l’atelier dédié à ce projet. Cette animation théâtrale d’Art’Euro a lieu dans un autobus, car ils sont devenus véritablement de nouveaux lieux de convivialité, de vie, depuis que la gratuité a été mise en service ».

Depuis le mi-mai 2009, en effet, la gratuité n’est plus une utopie sympathique, mais une réalité sur le territoire du Pays d’Aubagne et de l’Étoile. Un choix politique. Pour les élus de l’Agglo, et pour de plus en plus de monde, la voiture, ses nuisances et son coût pour la collectivité, n’est plus une bonne réponse aux déplacements.

Bus gratuit à Aubagne

L’économiste Cédric Durand expliquait récemment sur France 2 qu’il revenait moins cher pour la société de financer la gratuité des transports en commun, que de prendre en charge les coûts liés à l’usage de l’automobile. D’autant que « le prix du ticket ne représente bien souvent qu’une petite partie du coût réel des transports en commun qui est déjà socialisé ».

C’est pourquoi aujourd’hui, on trouve des partisans de la gratuité, des collectifs « sans ticket », qui s’organisent en « mutuelles de fraudeurs » : chaque membre versant une cotisation mensuelle utilisée pour payer les amendes.

Ici, un an après l’instauration de la gratuité, la fréquentation des bus est en hausse de plus de 70 %, elle continue de susciter un véritable engouement de la population dans sa large majorité : de nombreuses personnes en ont même fait l’un des principaux arguments pour refuser l’éventuelle intégration de la Ville et de l’Agglo à la future métropole de Marseille !

La gratuité, qu’est-ce que ça (r)apporte?

« Les bus sont beaux, et c’est gratuit, c’est comme un cadeau ». « Il y a des bus complets, trois ou quatre fois par semaine et avant ça n’arrivait jamais ». « Les gens vont moins chercher leurs enfants à l’école en voiture ». « Les dégradations, il y en a, mais pas beaucoup et c’est pas lié à la gratuité ». « Les bus gratuits, c’est une honnête redistribution de notre contribution ». « C’est gratuit et en plus il y a de nouveaux bus, de nouvelles navettes et des mini-bus à la demande qu’on peut réserver à l’avance… ». Ces remarques sont celles de jeunes (16-25 ans), d’adultes actifs (25-50 ans), de commerçants, interrogés pour les besoins d’une étude de l’institut Wei*, qui fait le point sur les apports de la gratuité des transports. Hausse de fréquentation, des déplacements et une diversification du public… au-delà de l’effet d’aubaine pour les utilisateurs, les personnes interrogées remarquent que la gratuité a des effets sur la réduction du trafic automobile, le respect de l’environnement, le désenclavement des villages, le déplacement plus nombreux des jeunes, la modification progressive des pratiques des adultes…

« Pour les jeunes, on assiste à l’accentuation d’une pratique ». Ils évoquent un bénéfice personnel immédiat (en termes financier, d’autonomie vis-à-vis des parents, de vie sociale et culturelle). « Pour les adultes, il n’y a pas de transfert modal radical, mais on assiste à la découverte et à une appropriation progressive d’un mode de transport délaissé. Le processus est plus long car il s’agit de déstabiliser des habitudes ».

Pour le public, la gratuité est aussi une manifestation d’une
« autre façon de faire de la politique qui s’adresse prioritairement aux citoyens ». « La gratuité revalorise le service public à contrecourant de ce que fait la politique nationale ». Pour certains, elle apporte un élément de réponse à la crise. Grâce au couplage avec la qualité du service, la gratuité apparaît comme une mesure fiable : « pérenne, respectueuse des administrés, sérieuse, exemplaire »
et prouve « une bonne gestion » des transports en commun par l’Agglo.

*Cette étude a été complétée par deux enquêtes téléphoniques de l’institut Carniel.


michel.decaro@mairie-aubagne.com